Article : Le blog du journal LE MONDE par Pierre Barthélémy

…  Cette série d’expériences a permis de mettre en évidence que le traitement de la numérosité se faisait toujours au même endroit, dans un recoin du cortex pariétal postérieur à peine plus grand en surface qu’un timbre-poste. Le fonctionnement de ce groupe de quelques dizaines de milliers de neurones semblait exactement le même chez tous les individus testés. D’une part l’espace de cerveau consacré au dénombrement était inversement proportionnel au nombre d’éléments – peut-être parce que, sur le plan évolutif, il est plus important d’identifier avec justesse les petites quantités que les grandes. D’autre part les neurones dédiés à l’identification de ces petites quantités se trouvaient toujours du même côté de la région tandis que ceux travaillant sur les grandes quantités étaient localisés à l’opposé. Il existe donc bien une organisation topographique de la numérosité, comme s’il s’agissait d’un sixième sens. En revanche, il n’y a pas de relation particulière entre la perception des quantités et les représentations symboliques que sont, par exemple, les chiffres arabes.

Ce travail confirme que la capacité à dénombrer sans compter est bien une capacité biologique inscrite dans notre cerveau, ce qui bouscule un tantinet la frontière bien établie entre d’un côté le traitement des stimuli primaires issus des organes sensoriels et, de l’autre côté, la gestion des notions abstraites comme les nombres. Tout comme nous serions « pré-câblés » pour le langage, nous serions équipés à la naissance pour manipuler les nombres. Les auteurs de l’étude s’interrogent d’ailleurs sur l’implication de la numérosité dans l’apprentissage de l’arithmétique. Se pose aussi la question du rôle que peut jouer le sens du nombre dans toutes les décisions que nous prenons au quotidien et qui dérivent d’évaluations quantifiées, en particulier nos choix économiques.